Halal, haine et calcul électoral

Halal, haine et calcul électoral


Il n’y a rien de républicain dans la sortie de Louis Sarkozy sur le halal chez KFC. Il n’y a là ni analyse, ni exigence civique, ni défense sincère de la laïcité. Il n’y a qu’une opération politique pathétique menée sur le dos d’une minorité. Ce fils de… fils à papa bien né… qui prône l’extrême violence, se permet l’outrecuidance de critiquer un choix commercial relatif aux produits halal.

Un menu devient un péril. Un choix commercial se transforme en « islamisation ». Le procédé est grossier, volontairement anxiogène, et surtout parfaitement cynique. Il ne s’agit pas de la République, mais de visibilité, de positionnement, et d’une tentative à peine voilée de capter un électorat en jouant sur la peur et la stigmatisation des musulmans.

Car tout, dans ce discours, sent le calcul. On tape sur une population déjà surexposée, déjà soupçonnée, déjà sommée de prouver en permanence sa loyauté nationale, parce que c’est politiquement rentable. On essentialise, on amalgame, on insinue l’illibéralisme, on convoque des statistiques hors sol, et l’on se drape dans une laïcité déformée pour masquer une stratégie de communication.

Rien n’est plus malhonnête que de parler de « communautarisme » en l’ayant soi-même fabriqué médiatiquement ; dénoncer l’illibéralisme en bénéficiant d’un entre-soi médiatique complaisant ; exiger des musulmans qu’ils se soumettent à la République tout en se posant en procureur moral sans mandat démocratique. Voilà le cœur du problème. Le discours du fils de l’ancien président corrompu ne protège pas la République, il l’abîme.

La laïcité n’interdit ni les pratiques alimentaires ni les choix des consommateurs. Elle interdit à l’État de discriminer. Or, elle n’interdit pas à une chaîne de restauration de s’adapter à son marché. Le reste est un mensonge et une indécente manipulation idéologique que Bolloré a déjà professionnalisée.

Enfin, il y a quelque chose d’indécent à distribuer des certificats de respect des lois quand on revendique un héritage politique dont la relation à l’État de droit a amené son paternel derrière les barreaux.

Personne n’est comptable des fautes de son père. Mais on ne peut pas invoquer la République comme une matraque tout en se dispensant de retenue, de cohérence et de décence. Car, après tout, la sortie du parvenu Sarkozy fils sur les restaurants KFC n’est pas une alerte. C’est une publicité politique dont l’extrême droite demeure déjà détentrice du copyright.

Les chiens ne font pas des chats et on ne transforme pas de la piètre piquette en un grand champagne millésimé. Néanmoins, la République a moins besoin d’un personnage comique que de responsables politiques capables de proposer apaisement et projets constructifs pour l’ensemble des Françaises et des Français.

Constance Bourgeois

https://rmc.bfmtv.com/actualites/societe/la-france-ressemble-de-plus-en-plus-au-liban-l-offre-100-halal-de-kfc-inquiete-louis-sarkozy_AV-202601140271.html

Commentaires

Posts les plus consultés de ce blog

Mahasti Razavi, la patronne de l'ancien premier ministre Bernard Cazeneuve accusée de cruauté

Haine ordinaire, indignité publique : quand le racisme s’abat sur un nouveau-né

Quand la LDVR faisait face au refus de son inscription à la MVAC Paris 8