Le syndrome de l’imposteur n’est pas un fantasme mais une réalité conscientisée
Le syndrome de l’imposteur n’est pas un fantasme mais une réalité conscientisée
On nous répète que le syndrome de l’imposteur serait une illusion psychologique. Une fragilité intime. Un manque de confiance en soi. C’est faux et c’est une manière commode de détourner le regard.
Car dans une société dont tout le monde connaît les mécanismes de discrimination, le sentiment d’imposture n’est pas une invention de l’esprit. Il est, au contraire, une lucidité qui dérange.
En France, nul ne peut prétendre ignorer le racisme structurel. L’accès aux postes, aux plateaux télévisés, aux responsabilités institutionnelles, ne se fait pas à armes égales. Les chiffres sont connus.
Les témoignages abondent. Les expériences sont répétées. Et même les bénéficiaires du système le reconnaissent parfois à demi-mot, comme l’a fait Gérald Darmanin en expliquant avoir modifié son nom, conscient qu’une consonance arabe aurait constitué un frein objectif à sa carrière.
Par conséquent, comment ne pas douter ? Quand on est blanc, diplômé, bien installé, quand on occupe un poste convoité, quand on s’exprime sur des plateaux où les visages se ressemblent.
Comment ne pas douter quand on parle du racisme… entre blancs, sans les premiers concernés ? Comment ne pas se demander, ne serait-ce qu’un instant "si je n’étais pas là uniquement pour mes compétences, mais parce que mes employeurs préfèrent mon profil de Francais traditionnel" ?
Ce doute n’est pas un trouble. Il est une conséquence logique. Il naît de la confrontation entre deux réalités impossibles à réconcilier. La croyance officielle dans le mérite et la connaissance intime des privilèges raciaux.
Le syndrome de l’imposteur n’est donc pas un fantasme, il est le malaise de ceux qui savent. Il est la forme psychique que prend une vérité impossible à assumer publiquement.
L’exemple d'un président de médias publics est, à cet égard, édifiant. Condamné pour favoritisme, il n’a pourtant rencontré aucun obstacle majeur pour continuer à circuler entre les sommets du pouvoir symbolique.
Président d'un conseil de surveillance ou de conseil d'administration d'universités, Pendant que des personnes noires ou arabes, sans condamnation, sans scandale, sans faute, se voient refuser l’accès à un simple poste de cadre
Dans ces conditions, le doute n’est pas une pathologie.Il est une réaction morale minimale. Le véritable problème n’est donc pas que certains se sentent imposteurs. Le vrai problème, ce sont ceux qui ne se sentent jamais imposteurs, malgré un système dont ils connaissent parfaitement l’injustice.
Parler de syndrome permet de neutraliser la portée politique de ce malaise. Alors qu’il s’agit d’une intuition sociale juste. Certaines places occupées ne sont pas toujours méritées, mais héritées, facilitées, filtrées. Le syndrome de l’imposteur n’est pas une illusion à soigner. C’est le signal d'une réalité conscientisée.
Constance Bourgeois
Rédactrice en chef de La ligue de Défense des Valeurs Républicaines

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