« Tu es de quelle origine toi ? »
« Tu es de quelle origine toi ? »
En France, les personnes à la peau noire ont souvent le droit à la même question facultative que certains dégainent plus vite que leur carte vitale, lors d'une première rencontre : " Tu es de quelle origine toi"
Attention, ce n’est pas une question anodine. C’est une clé universelle. Grâce à elle, votre interlocuteur espère comprendre instantanément qui vous êtes, ce que vous pensez, ce que vous mangez, et probablement ce que vous allez voter.
Parce que visiblement, savoir si vos grands-parents viennent du Mali, de la Guadeloupe ou du Berry, ça va profondément enrichir la conversation.
Imaginez la scène inverse Deux Blancs discutent. "Tu es de quelle origine ? Moi ? Alsacien par ma grand-mère, portugais par mon grand-père, un peu italien par alliance et vaguement breton par erreur administrative. Ah d’accord. Bon, parlons météo alors !
Étrangement, cette version n’existe pas. Mais quand on est Noir, la question arrive très tôt. Parfois avant même le prénom. Comme si la peau noire était un bug à expliquer.
"Oui d’accord, tu es là, tu parles français, mais… t'es d'où ?" "De Paris, je suis français pourquoi ?" "Si t'es noir, t'es pas complètement français ?" Et c'est là que la question n’est plus innocente.
Selon la réponse, on va savoir, si on doit parler lentement, si on peut faire une blague douteuse, si on doit compatir ou si on doit dire « moi je ne vois pas les couleurs » mais je connais quand même le numéro de la police aux frontières
C’est fascinant.
Le plus drôle, c’est que la question n’apporte absolument rien à la suite de la discussion. On ne va pas soudainement parler astronomie si je viens du Sénégal, ni philosophie grecque si je viens de Martinique. Mais bon, au moins, vous êtes rassuré vous savez d’où vient la personne.
Qui elle est ? On verra plus tard. Enfin Peut-être. Sauf si y a la nouvelle saison de ma série sur Netflix. Personnellement je suis bretonne depuis toujours.
Personne ne m'a jamais dit " Ah salut ça va ? Tu es de quelle origine ?" Je ne verrai pas le rapport. Cette essentialisation ethnique banalisée demeure l'un des premiers marqueurs des traitements différenciés
selon la couleur de peau.
Cécile Leclerc
Rédactrice pour La ligue de Défense des Valeurs Républicaines de Bretagne Pays de la Loire

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