Déontologie en vitrine, lâcheté en coulisses : quand les Juristes de Sciences Po détournent les yeux

 Déontologie en vitrine, lâcheté en coulisses : quand les Juristes de Sciences Po détournent les yeux



Ils se veulent l’élite morale du droit. Ils se présentent comme les ambassadeurs de la rigueur juridique, de l’éthique professionnelle, des valeurs républicaines. Ils organisent colloques, conférences, cocktails feutrés où l’on prononce le mot “déontologie” comme un talisman.

Et pourtant, lorsque le siège fédéral de La ligue de Défense des Valeurs Républicaines émet un signalement qui vise directement les pratiques de la dirigeante d’un cabinet partenaire, que font-ils ? Rien. Pas un mot. Pas une réaction. Pas même l’ombre d’une réponse. Le silence comme seule doctrine.


L’exemplarité à géométrie variable

L’Association des Juristes de Sciences Po aime se penser exemplaire. Mais l’exemplarité n’est pas un slogan qu’on brandit sur une plaquette LinkedIn ou dans une revue étudiante. C’est une exigence qui se mesure précisément dans les moments inconfortables.

Quand l’éthique coûte quelque chose. Quand elle menace un partenariat prestigieux. Quand elle dérange les réseaux. C’est là que l’on voit si l’on croit vraiment aux valeurs que l’on proclame ou si l'on est juste de parfaits usurpateurs aisés en République de la compromission.

Hélas, bien souvent le courage disparaît quand le prestige entre en scène. D'autant que dans ce dossier, il ne s’agit pas ici d’un détail anodin. 

La patronne du cabinet d'avocats August Debouzy met en location depuis plus de 7 ans un logement impropre à l'habitation et dangereux à une personne handicapée à la peau noire. 

August Debouzy, partenaire de Sciences Po, n'est pas n'importe quel cabinet d'avocats. Il s'avère être le cabinet le plus puissant du pays.

Un partenaire qui ouvre des portes, offre des stages, confère du lustre. Et face à cela, l’association des juristes de Sciences Po choisit la posture la plus répandue dans les institutions françaises : regarder lâchement ailleurs.

Une fac de juristes ou une école du renoncement ? Quoi qu'il en soit, ce silence n’est pas neutre. Et puis depuis quand l'excellence française se défile et tourne les talons à la seconde où ses petits intérêts personnels entrent en scène ? 

Ceci dit, la non réaction de AJSP nous enseigne quelque chose. Il enseigne que la déontologie est un discours utile… tant qu’elle reste théorique. Il enseigne que la justice est un idéal… tant qu’elle ne dérange personne d’important. Il enseigne surtout que, dans certains cercles, l’entre-soi prime sur la cohérence.


Quelle leçon pour les futurs juristes ?

Que l’on peut se dire gardien des principes, tout en les abandonnant dès que la réalité devient quelque peu gênante ? Le droit n’a pas besoin de vitrines. Il a besoin d'une colonne vertébrale solide.

Les étudiants en droit n’ont pas besoin d’associations qui récitent des valeurs comme des mantras. Non, ils ont besoin d’acteurs capables d’assumer des positions difficiles, d’ouvrir des débats, de répondre à des alertes.

Le silence n’est pas une neutralité. Le silence est un choix. Et dans une association qui prétend incarner la déontologie, ce choix ressemble furieusement à une capitulation honteuse.  Pourtant si proche de la posture suffisante d'une corporation allongée sur le dos, se caressant langoureusement le sommet de son nombril. 


Constance Bourgeois 

Rédactrice en chef de La LDVR 

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