La LICRA se jette sur un maire noir sous prétexte d'un droit de propriété intellectuelle
La LICRA se jette sur un maire noir sous prétexte d'un droit de propriété intellectuelle.
Depuis plusieurs mois, le maire de Saint-Denis, Bally Bagayoko, fait l'objet d'une attention et d'une suspicion médiatique et politique particulièrement intense. Comme de nombreux élus noirs ou arabes avant lui, il est régulièrement confronté à des attaques, des caricatures et des commentaires qui dépassent largement le cadre du débat démocratique ordinaire.
Dans ce contexte, beaucoup auraient pu attendre d'une organisation historique de lutte contre le racisme qu'elle se montre particulièrement vigilante face aux dérives dont un élu noir peut être la cible. Beaucoup auraient pu attendre qu'elle rappelle que l'on juge un maire sur son action, son bilan et ses décisions, non sur son origine ou sur les fantasmes que certains projettent sur lui.
Or c'est un tout autre choix qui semble avoir été fait.
Au lieu d'apaiser le débat public ou de rappeler les principes fondamentaux de respect qui doivent entourer l'exercice des responsabilités publiques, la LICRA a choisi d'engager une controverse publique autour d'un logo municipal utilisé depuis plusieurs années. Une controverse dont la pertinence même est aujourd'hui discutée.
Personne ne conteste à une association le droit de défendre son identité visuelle. Personne ne conteste davantage l'existence du droit de la propriété intellectuelle. Mais encore faut-il s'interroger sur la proportionnalité de la démarche et sur l'intérêt général qu'elle sert réellement.
Car enfin, quel est le préjudice concret invoqué ? Quelle confusion massive a été constatée dans l'esprit du public ? Combien de citoyens ont cru que la mairie de Saint-Denis était une antenne de la LICRA ? Quels dommages réels ont été causés à l'association depuis l'adoption de ce logo ?
Ces questions demeurent largement sans réponse.
Plus troublant encore, le logo contesté est utilisé depuis plusieurs années. Si la situation était à ce point problématique, pourquoi n'avoir pas agi plus tôt ? Pourquoi cette soudaine urgence aujourd'hui ? Chacun est libre de se forger son opinion sur cette chronologie singulière.
La surprise est d'autant plus grande que la LICRA affirme vouloir rester sur le seul terrain du droit tout en consacrant une partie importante de sa communication à critiquer directement le maire et sa manière de communiquer. Les expressions employées ne visent plus seulement un logo ou une identité graphique ; elles portent un jugement sur un responsable politique et sur son comportement public.
Cette confusion des genres interroge.
Une organisation qui se réclame des valeurs républicaines ne devrait-elle pas avoir pour première préoccupation de préserver la confiance dans les institutions démocratiques ? Ne devrait-elle pas faire preuve d'une prudence particulière lorsqu'elle s'engage dans une controverse susceptible d'affaiblir l'image d'une collectivité représentant des dizaines de milliers d'habitants ?
La République repose sur ses institutions. Les mairies en sont l'un des visages les plus proches des citoyens. Les fragiliser publiquement pour un différend dont l'importance paraît relative au regard des enjeux du moment peut sembler difficilement conciliable avec l'exigence de responsabilité que chacun est en droit d'attendre des acteurs du débat public.
La lutte contre le racisme mérite mieux que des pathétiques querelles de logos. Les valeurs républicaines méritent mieux que les polémiques symboliques. Et les citoyens sont en droit d'attendre que les organisations qui prétendent les défendre concentrent leur énergie sur les véritables combats qui menacent la cohésion nationale plutôt que sur des controverses dont l'utilité reste à démontrer.
La Ligue de Défense des Valeurs républicaines a dû se réunir afin de savoir si son réseau national devait évoquer ce dossier, s'agissant de consœurs, de confrères et de la corporation des associations de défense des droits. Toutefois, la LDVR a décidé qu'elle ne pouvait dénoncer le corporatisme et s'y plonger dedans à la première occasion.
C'est la raison pour laquelle, la LDVR demande solennellement à la LICRA, de ne pas affaiblir davantage le maire de Saint-Denis et la mairie qu'il dirige, déjà victime de racisme et de négrophobie aussi insupportable qu'incessante.
Constance Bourgeois, Rédactrice en chef de La LDVR

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