Quand Causeur, le magazine d'extrême droite se joue de l'affaire Hamza et se risque à une procédure de la LDVR.

 «Quand Causeur, le magazine de l'extrême droite française, se joue de l'affaire Hamza et se risque à une procédure de la LDVR



L'article publié par Causeur sous le titre « La farce du canal » rédigé de manière très approximative par Claude Palanque, se présente comme une réflexion sur l'affaire Hamza « La Douane ». En réalité, il soulève une question plus fondamentale : où commence encore le travail journalistique, et où s'arrête-t-il pour laisser place au commentaire idéologique, mais évidemment une idéologie d'extrême droite ?


Le premier étonnement est méthodologique. L'article accumule les références à des articles de presse, à des vidéos circulant sur les réseaux sociaux, à des témoignages rapportés et à des déclarations d'associations. En revanche, il ne s'appuie sur aucune décision de justice établissant les faits les plus graves évoqués. Aucune condamnation, aucun jugement, aucune ordonnance, aucun document judiciaire ne vient asseoir une partie importante du récit.


Pourtant, le lecteur est conduit à travers un enchaînement d'éléments qui, mis bout à bout, dessinent le portrait d'un adolescent présenté comme l'incarnation d'un problème de société. Or il existe une différence essentielle entre des faits judiciairement établis, des allégations, des enquêtes en cours et des informations rapportées par des tiers. 


Cette distinction constitue l'une des bases du métier de journaliste. Or, est-ce que l'article concerné s'apparente à du journalisme ou à un début de campagne singeant l'incompétence du rassemblement national, l'intolérance du zemmourisme habitée par la meme haine que celle qui bouillonne chez reconquête.


L'article passe également sous silence des éléments essentiels permettant au lecteur d'apprécier la crédibilité de l'intervention de la Ligue de Défense des Valeurs Républicaines (LDVR). Il ne rappelle pas que la LDVR, fondée par son président fédéral Michael Bastien, demeure le premier réseau d'associations de défense des droits en France.


 Palanque omet également de préciser que la plupart des procédures portées par La Ligue de Défense des Valeurs Républicaines sont également soutenues par l'un des plus grands noms du droit français, le bâtonnier 2023-2024 de Nîmes, spécialiste en droit pénal. Maître Khadija Aoudia.


Cette mise en perspective était pourtant utile. La Ligue de Défense des Valeurs Républicaines intervient régulièrement sur des dossiers mettant en cause des institutions publiques et des questions d'intérêt général, notamment concernant le ministère de l'Intérieur, l'État, l'Arcom ou encore CNews. 


Ces éléments permettent de comprendre que la prise de position de la LDVR s'inscrit dans une activité contentieuse plus large et ne constitue pas une réaction isolée à un fait divers. Par ailleurs, LDVR ne poursuit jamais les personnes mineures.


 Du reste, Claude Palanque aurait pu prendre connaissance de notre doctrine, en contactant simplement notre organisation, comme le feraient ses confrères les plus professionnels soucieux du principe du contradictoire, plutôt que de spéculer sur les intentions de la LDVR. »


Enfin, l'article ne restitue pas le fond de la démarche de la LDVR dans cette affaire. Selon l'organisation nationale, l'enjeu n'était pas de défendre les actes reprochés au mineur, mais d'alerter sur les déclarations publiques d'un éducateur appelant à des violences physiques contre un enfant. 


Dans ce contexte, la LDVR estimait révélateur cette banalisation préoccupante de certains discours, comme les propos lunaires et irresponsables de "Pascal Le grand frère" lequel avait déjà frappé son propre enfant. Par ailleurs, que l'on partage ou non cette analyse, elle méritait d'être présentée dans son intégralité afin que le lecteur puisse se forger sa propre opinion.


Le paradoxe est saisissant. Le journaliste, un peu  dépassé par la complexité du dossier, Claude Palanque, reproche à d'autres de transformer un fait divers en combat idéologique, tout en consacrant plusieurs milliers de mots à faire précisément de cette affaire le support d'une démonstration politique sur l'autorité, la République, les médias, les associations et le débat public. Le jeune Hamza cesse progressivement d'être un individu pour devenir un personnage servant une thèse.


Le plus préoccupant demeure toutefois la faiblesse de l'enquête elle-même. Où sont les vérifications indépendantes ? Où sont les confrontations de versions ? Où sont les investigations auprès des autorités judiciaires ? Où sont les éléments matériels permettant de distinguer les faits établis des simples affirmations ? Où est, tout simplement, le travail journalistique ?


Un éditorial a naturellement le droit de défendre une opinion. Mais une opinion n'est pas dispensée de rigueur. Plus encore lorsqu'elle concerne un enfant. Naturellement la LDVR, a décidé de conserver l'article pour son prochain rapport destiné au rapporteur spécial contre le racisme auprès du Haut Commissariat aux droits de l'homme des Nations Unies.


À plusieurs reprises, l'article évoque des comportements particulièrement graves tout en reconnaissant lui-même que certains épisodes devront être appréciés avec prudence tant qu'ils n'auront pas été établis judiciairement. 


Cette précaution rédactionnelle ne suffit pourtant pas à effacer l'impression générale laissée au lecteur : celle d'un dossier déjà instruit accompagné d'une décision aussi certaine que la faiblesse rédactionnelle qui frappe l'article idéologique de Causeur.


C'est précisément là que réside le problème. Le journalisme ne consiste pas à additionner des articles de presse, des publications sur les réseaux sociaux et des commentaires pour construire un portrait cohérent. Il consiste à vérifier, recouper, distinguer le certain du probable, le démontré de l'allégué.


Dans cette affaire, cette frontière paraît singulièrement brouillée, mais est-ce vraiment involontaire ?

Au-delà même du cas Hamza, une question mérite d'être posée : qu'aurait-il été écrit si, dans quelques mois, certaines accusations se révélaient inexactes ou juridiquement non établies ? Les éditoriaux survivraient-ils à la réalité judiciaire ?


La présomption d'innocence n'est pas un détail procédural. Elle constitue un principe fondamental de l'État de droit. Elle protège chacun, et plus encore les mineurs.


On peut parfaitement débattre de l'autorité, de l'éducation, de l'espace public ou de la responsabilité parentale. Ce sont des sujets légitimes. En revanche, bâtir une démonstration générale sur un dossier dont une partie importante repose sur des faits non définitivement établis expose à un risque évident : celui de substituer le récit à l'enquête.


Le journalisme est un métier exigeant. Il ne se résume pas à produire un raisonnement brillant. Il suppose de démontrer ce que l'on affirme. À défaut, le lecteur est en droit de s'interroger : lit-il une enquête journalistique ou une démonstration d'opinion d'extrême droite construite autour d'un adolescent de quatorze ans ?



Constance Bourgeois, Rédactrice en chef de La LDVR 

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