Affaire Gérard Larcher / Herzog : pourquoi le silence de la rédaction de Nos parlementaires interroge ?

 Affaire Herzog-Larcher : pourquoi le silence de NosParlementaires interroge

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La rédaction du magazine NosParlementaires a elle-même documenté l’existence d’une plainte de la Ligue de Défense des Valeurs Républicaines auprès du PNF et du parquet de Paris avant l’annonce, le 24 juillet, du signalement de Gérard Larcher. Depuis, la LDVR a saisi le Syndicat National des Journalistes puis l’Arcom sur la manière dont la chronologie de l’affaire a été présentée. Informée de ces démarches, la rédaction n’a apporté aucune réponse.


Dans l’affaire Christine Herzog, un détail de calendrier est devenu le cœur d’un conflit sur le traitement médiatique du dossier. En effet, le 20 juillet 2026, la Ligue de Défense des Valeurs Républicaines (LDVR) a déposé deux plaintes, l’une à destination du procureur de la République de Paris, l’autre du Parquet national financier. Le lendemain, à 15 h 39, Gérard Larcher et les services de la présidence du Sénat sont, selon les pièces produites par le premier réseau d'associations de défense des droits en France, officiellement informés de ces démarches.



3 jours après le signalement de la LDVR au Sénat, Miracle, Larcher déclenche l'article 40 


C’est cette succession des événements que la LDVR estime avoir été progressivement effacée d’une partie du récit médiatique. Dans sa saisine adressée à l’Arcom le 13 août, l’association résume ainsi la chronologie qu’elle entend faire examiner : démarches judiciaires de la LDVR le 20 juillet, information du président du Sénat le 21 juillet à 15 h 39, puis intervention de Gérard Larcher le 24 juillet.


Dans ce dossier, le site indépendant, le magazine NosParlementaires occupe une place particulière. Son article consacré à Christine Herzog, publié le 20 juillet puis actualisé, mentionne expressément l’existence d’une plainte pénale de la LDVR, adressée au procureur de Paris, ainsi qu’une transmission au Parquet national financier. Il indique également que le président du Sénat est destinataire de ces démarches.


Le média retient une date de dépôt au 21 juillet, là où la LDVR situe l’établissement de ses plaintes au 20 juillet. Cette différence d’une journée ne modifie toutefois pas le point essentiel : dans les deux versions, la démarche judiciaire de l’association est antérieure au signalement de Gérard Larcher du 24 juillet. La saisine Arcom souligne elle-même cette particularité. Elle relève que NosParlementaires avait intégré à son traitement les développements judiciaires du dossier et avait donc contribué, par sa propre publication, à rendre publiquement vérifiable l’antériorité de la démarche LDVR.


Autrement dit, la chronologie défendue aujourd’hui par l’association ne repose pas uniquement sur ses propres documents. Elle avait déjà trouvé un écho dans la presse au moment des faits. Mais quand le récit médiatique bascule, la difficulté apparaît quelques jours plus tard. Plusieurs publications présentent alors l’intervention de Gérard Larcher comme le moment à partir duquel l’affaire prend une « tournure judiciaire ».


La LDVR ne conteste pas que le président du Sénat ait saisi la justice. Elle conteste la place donnée à cette démarche dans la chronologie générale. Car selon le premier réseau national d'associations de défense des droits en France, présenter le 24 juillet comme le point de départ judiciaire du dossier revient à effacer les démarches engagées quelques jours auparavant.


C’est précisément le grief développé dans la saisine adressée à l’Arcom : dire que Gérard Larcher a saisi la justice est exact ; faire apparaître cette intervention comme celle par laquelle l’affaire entre dans le champ judiciaire constitue, selon la LDVR, une présentation différente de la succession réelle des événements.


Dans ce contexte, NosParlementaires ne peut être placé dans la même situation qu’un média qui aurait découvert tardivement l’existence de la plainte. Le site l’avait mentionnée. Il l’avait datée. Il avait identifié les autorités judiciaires destinataires. Et son propre article est aujourd’hui invoqué dans la procédure de la LDVR comme l’un des éléments établissant que cette information existait publiquement avant le 24 juillet.


Une saisine du SNJ, puis de l’Arcom


Le 5 août, la LDVR adresse une requête circonstanciée au Syndicat national des journalistes et à plusieurs rédactions. L’objectif affiché est de rétablir la chronologie du dossier. La saisine Arcom précise qu’à partir de cette transmission, les destinataires ne disposaient plus simplement d’une contestation générale de la Ligue de Défense des Valeurs Républicaines, mais de dates précises, de l’existence des plaintes et d’éléments présentés comme permettant de vérifier la chronologie.


Selon la LDVR, NosParlementaires a été directement informé de cette démarche. La rédaction n’aurait pas répondu. Le 13 août 2026, la Ligue de Défense des Valeurs Républicaines franchit une nouvelle étape en saisissant l’Arcom. Cette procédure ne vise pas directement la presse écrite, mais le traitement audiovisuel de l’affaire. Elle demande notamment à l’autorité de vérifier si certaines séquences ont pu donner au public l’impression que l’intervention de Gérard Larcher constituait le point de départ de la judiciarisation.


La LDVR demande aussi une distinction entre les contenus diffusés avant le 5 août et ceux éventuellement maintenus après cette date, une fois les éléments chronologiques formellement portés à la connaissance des rédactions. Selon la LDVR, NosParlementaires a également été informé de cette nouvelle procédure le 17 août 2026 par mail envoyé à 9 h 59. Là encore, aucune réponse ne serait intervenue.


Ce silence qui soulève une question. Un média n’est pas tenu de répondre à chaque sollicitation qu’il reçoit. Son indépendance éditoriale lui permet de décider seul des sujets qu’il souhaite traiter et des interlocuteurs auxquels il souhaite répondre. Mais le cas de NosParlementaires présente une singularité. Le média ne se trouve pas face à une controverse totalement extérieure à son travail. Son propre article constitue l’un des éléments utilisés pour établir la chronologie aujourd’hui discutée. C’est ce qui donne au silence de sa rédaction une portée particulière.



 Est-ce Gérard Larcher ou la LDVR qui les terrifie ?



Estime-t-elle que le débat engagé par la LDVR ne justifie aucune précision supplémentaire ? Ou la situation est-elle devenue plus délicate à partir du moment où sa propre publication s’est retrouvée utilisée comme élément de vérification d’une chronologie désormais contestée devant le SNJ puis devant l’Arcom ? À ce stade, aucune de ces hypothèses ne peut être affirmée.


Mais la question existe. Et elle est d’autant plus légitime que la LDVR ne demande pas à NosParlementaires de modifier son analyse ni d’adopter la sienne. Elle relève simplement qu’un média qui avait lui-même publié l’existence d’une démarche judiciaire antérieure au 24 juillet ne s’est, jusqu’à présent, pas exprimé sur la polémique née précisément de cette chronologie.


Un article devenu une pièce du dossier. C’est sans doute le paradoxe principal de cette affaire. Lorsqu’il a été publié, l’article de NosParlementaires n’était qu’un élément parmi d’autres du suivi de l’affaire Christine Herzog. Quelques semaines plus tard, il est devenu beaucoup plus important. La saisine Arcom relève que les démarches antérieures de la LDVR étaient matériellement établies, portées à la connaissance du président du Sénat, publiées par Moselle TV, reprises et datées par NosParlementaires, puis rappelées aux rédactions lors de la saisine du 5 août.


Dès lors, la question posée à la rédaction de NosParlementaires est moins celle de savoir ce qu’il pense de la LDVR que celle de savoir ce qu’il fait de sa propre information. Car, dans cette affaire, son article est devenu malgré lui un témoin de la chronologie. Et pour l’heure, ce témoin reste silencieux. Affaire à suivre...



Constance Bourgeois 
Rédactrice en chef de La Ligue de Défense des Valeurs Républicaines 

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