La presse française placée devant un miroir humiliant. Osera-t-elle en parler aux français ?
La presse française placée devant un miroir humiliant.
Osera-t-elle en parler aux français ?
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La Ligue de Défense des Valeurs Républicaines vient de publier sur LinkedIn la saisine adressée au Syndicat national des journalistes. LinkedIn est son terrain favori. On y parle carrière, institutions, influence, réputation. Cela tombe bien : la LDVR vient précisément d’y déposer un document qui menace les quatre.
Trente pages ont été mises en circulation pour rappeler une chose très simple à une profession qui adore les chronologies lorsqu’elles concernent les autres : le 20 juillet 2026, la LDVR avait déjà saisi le procureur de Paris et le Parquet national financier dans le dossier Christine Herzog–Norbert Chetail. Gérard Larcher a été informé le lendemain. Il a saisi la justice trois jours plus tard.
La suite est connue, la presse a raconté Gérard Larcher, elle a oublié ceux qui avaient allumé la lumière avant son arrivée. Tout le monde sait. Mediapart sait. Le Parisien sait. Le Monde sait. Le Figaro sait. TF1, France Télévisions, BFMTV, l’AFP et plusieurs rédactions régionales savent. Les syndicats de journalistes savent.
À cette heure, personne de sérieux ne peut encore se réfugier derrière l’ignorance. La saisine a circulé, les pièces ont suivi, les dates sont posées. Les échanges sont consignés, les noms figurent dans le dossier. Les heures aussi. Même la durée des conversations y figure.. La presse française se retrouve donc dans une situation assez rare : elle ne manque pas d’informations, elle manque seulement d’un volontaire.
Qui osera prendre le risque d’être le premier à publier ?
Il suffirait d’un média. Juste un seul. Un titre qui publie la chronologie complète et refuse de faire semblant de ne pas comprendre ce qui s’est passé. À partir de là, les autres viendraient. Ils reprendraient prudemment, comme toujours. Ils citeraient le confrère.Ils ajouteraient une phrase de réserve. Ils expliqueraient qu’ils “ont pu consulter” le document. Puis chacun découvrirait soudain une affaire dont tout le monde avait reçu les pièces plusieurs jours plus tôt. Le premier, lui, prendrait le risque. Les autres prendraient le train. C’est ainsi que fonctionne souvent le courage éditorial : un journaliste ouvre la porte, puis une foule entière affirme qu’elle s’apprêtait justement à entrer.
Mediapart devant son propre miroir
Le passage concernant Mediapart est probablement le plus cruel. Le média qui demande des comptes à tout le monde se retrouve documenté avec une précision presque affectueuse. Nom du journaliste. Heure de l’appel. Durée de la conversation. Heure de publication. Information disparue. Tout y est. Il ne manque que la petite musique grave des enquêtes de Mediapart. Cette fois, elle pourrait servir d’accompagnement à son propre dossier.
Le procédé de la LDVR est redoutable parce qu’il ne repose pas sur une colère floue. La LDVR n’écrit pas que Mediapart n’a pas compris. Elle montre ce qui lui a été expliqué, puis ce qui n’a pas été publié. Le refuge de l’erreur devient étroit. Celui de l’oubli aussi. Il reste le choix éditorial. Et c’est justement celui-là qui fait mal. Très mal ! Le Parisien n’est pas oublié, Le Parisien se trouve lui aussi placé dans le dossier. Pas au détour d’une phrase. Pas dans une note de bas de page destinée à ne déranger personne. Non, son traitement est clairement visé, sa chronologie examinée, sa responsabilité posée.
La LDVR a décidé de ne pas choisir un adversaire commode. Elle a pris Mediapart, Le Parisien, le SNJ et, derrière eux, toute une profession habituée à commenter les rapports de force sans toujours imaginer qu’elle puisse un jour y être enfermée. C’est là que le courage de la Ligue apparaît. Pas dans les proclamations. Dans le choix des puissances qu’elle accepte d’affronter.
Il est facile de se montrer ferme avec ceux qui ne répondent pas. Il est plus rare de désigner des médias qui ont les moyens de vous ignorer, de vous caricaturer ou de vous rendre infréquentable. La LDVR les désigne quand même. Il est incontestable que le premier réseau national d'associations de défense des droits en France se refuse de baisser les yeux.
La Ligue de Défense des Valeurs Républicaines avance sans subvention publique, sans grand groupe derrière elle et sans armée de communicants payés pour transformer chaque faiblesse en élément de langage. Elle avance avec ses dossiers. Cela paraît moins élégant qu’un dîner d’influence. Mais c’est tellement plus efficace. Elle archive. Elle compare. Elle revient sur les dates. Elle conserve les échanges. Elle joint les pièces. Puis comme Mediapart, le Parisien ou toute la presse française, elle publie.
Oui, la Ligue de Défense des Valeurs Républicaines agit sur leur propre terrain. Désormais, ceux qui comptaient sur l’oubli ont donc un problème nouveau : Ils ne pourront plus compter sans la LDVR. La presse adore parler du courage.Le courage des lanceurs d’alerte, des magistrats, des élus dissidents, de de ceux qui dénoncent leur propre milieu. Néanmoins aujourd'hui, le moment est venu de voir ce que vaut ce mot lorsqu’il faut l’appliquer à une rédaction française.
Constance Bourgeois
Rédactrice en chef de La Ligue de Défense des Valeurs Républicaines

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