SI LA LDVR N’AVAIT PAS DÉPOSÉ PLAINTE, GÉRARD LARCHER AURAIT-IL SAISI LA JUSTICE… OU N’AVAIT-IL PLUS LE CHOIX ?
SI LA LDVR N’AVAIT PAS DÉPOSÉ PLAINTE, GÉRARD LARCHER AURAIT-IL SAISI LA JUSTICE… OU N’AVAIT-IL PLUS LE CHOIX ?
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Affaire Christine Herzog : la question qui dérange et que les médias français semblent soigneusement éviter
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Il aura donc fallu attendre. Attendre que le Sénat enquête. Attendre qu’un cabinet extérieur travaille. Attendre que le Bureau du Sénat examine les faits. Attendre qu’il inflige à Christine Herzog une sanction disciplinaire d’une gravité inédite. Attendre que cette sanction soit rendue publique. Et, malgré tout cela, ne toujours pas saisir la justice.
Puis, la Ligue de Défense des Valeurs Républicaines est arrivée pour accomplir La mission qui est la sienne. Agir ! Là où d'autres regardent ailleurs. La LDVR a engagé une procédure pénale contre Christine Herzog et Norbert Chetail. Elle a saisi le procureur de la République de Paris et le Parquet national financier. Elle a également informé le président du Sénat et son directeur de cabinet des démarches judiciaires entreprises. Et là, soudainement, miracle républicain.
Trois jours plus tard, Gérard Larcher saisissait à son tour la justice. Quelle remarquable coïncidence. Une sanction le 16 juillet, une plainte de la LDVR le 21, un signalement de Gérard Larcher le 24. Les dates, elles, ne sont ni militantes ni susceptibles. Elles ne s’indignent pas, elles ne spéculent pas et elles ne font aucun procès d’intention. Elles s’alignent simplement.
Le 16 juillet 2026, le Bureau du Sénat prononce contre Christine Herzog une censure avec exclusion temporaire. La décision est rendue publique le 17 juillet. Le Sénat indique alors avoir été saisi de soupçons de harcèlement concernant un collaborateur parlementaire et précise que l’instruction s’est appuyée sur un cabinet extérieur spécialisé. Le 21 juillet, la Ligue de Défense des Valeurs Républicaines dépose plainte contre Christine Herzog et Norbert Chetail et informe la présidence du Sénat de ses démarches à 15h39.
Le 24 juillet, Gérard Larcher transmet finalement le dossier à la justice sur le fondement de l’article 40 du Code de procédure pénale. Mediapart ne révélera ce signalement que le 3 août, en présentant la démarche du président du Sénat comme étant intervenue quelques jours après la sanction disciplinaire. Quelques jours après la sanction, certes. Mais surtout trois jours après l’information adressée par la LDVR.
Étrangement, cette petite précision semble avoir glissé sous le tapis du Palais du Luxembourg. Gérard Larcher ignorait-il l’existence de l’article 40 avant le 21 juillet ? La question mérite d’être posée. Au moment de prononcer une sanction disciplinaire aussi lourde, le Sénat disposait nécessairement d’éléments suffisamment sérieux pour considérer que les faits ne relevaient pas d’une simple mésentente entre une sénatrice et ses collaborateurs.
Une enquête avait été conduite. Un cabinet spécialisé avait travaillé. Le Bureau du Sénat avait délibéré. Une sanction historique avait été décidée. Tout était donc prêt : le dossier, les conclusions, les faits examinés et l’autorité compétente pour les transmettre. Il ne manquait apparemment qu’une chose : l’idée de prévenir la justice. Cette idée n’est apparue que quelques jours plus tard, après que la LDVR eut annoncé sa plainte et averti le président du Sénat.
Faut-il croire que Gérard Larcher a découvert l’article 40 du Code de procédure pénale entre le 21 et le 24 juillet ? Faut-il imaginer qu’une illumination soudaine a traversé les dorures du Sénat ? Ou faut-il poser la question la plus simple : sans la plainte de la LDVR, Gérard Larcher aurait-il réellement saisi la justice ?
Sans la LDVR, Larcher aurait-il saisi la justice. Gérard Larcher a-t-il agi de sa propre initiative ou parce qu’il n’avait plus le choix ? Il est parfaitement possible que le président du Sénat ait envisagé son signalement avant même d’être informé des démarches de la Ligue de Défense des Valeurs Républicaines Dans ce cas, rien n’est plus facile : qu’il le dise et qu’il produise la chronologie administrative permettant de l’établir.
À quelle date la décision de saisir le parquet a-t-elle été prise par Larcher ?
Qui l’a proposée ? Un projet de signalement existait-il avant le 21 juillet ? Pourquoi n’a-t-il pas été transmis en même temps que la publication de la sanction ? Quels éléments nouveaux sont apparus entre le 17 et le 24 juillet ? Ces questions ne sont ni compliquées ni malveillantes. Elles pourraient recevoir des réponses précises en quelques lignes. Mais pour l’instant, le récit médiatique paraît extraordinairement confortable : Gérard Larcher aurait sanctionné, puis saisi la justice, dans un enchaînement institutionnel parfaitement naturel.
Circulez, il n’y aurait donc rien à voir. Sauf qu’entre les deux, la LDVR a déposé plainte. Et cela change tout. La LDVR disparaît opportunément du récit médiatique Mis à part Moselle TV et quelques relais locaux, qui parle clairement de la démarche de la Ligue de Défense des Valeurs Républicaines ?Moselle TV a expressément indiqué que la LDVR avait annoncé le dépôt d’une plainte contre Christine Herzog et Norbert Chetail, en évoquant notamment de possibles faits de harcèlement moral et de détournement de fonds publics.
Mais dans une grande partie de la couverture nationale, la Ligue de Défense des Valeurs Républicaines disparaît. Sa plainte disparaît. La saisine du Parquet national financier disparaît. L’information adressée au président du Sénat disparaît. Et surtout, disparaît la proximité chronologique entre l’alerte de la LDVR et le signalement de Gérard Larcher. Voilà qui est tout de même pratique.
On peut alors présenter le président du Sénat comme l’homme qui, après avoir courageusement sanctionné une sénatrice, aurait naturellement transmis le dossier à la justice. Une belle histoire institutionnelle, propre, linéaire et rassurante. Elle souffre cependant d’un léger défaut : elle oublie l’acteur clé qui avait déjà saisi la justice et qui venait précisément d’informer Gérard Larcher. Seule Moselle TV,, Radio Mélodie et le pays roannais avaient relayé les démarches judiciaires entreprises par le premier réseau national d'associations de défense des droits en France, la LDVR.
Même Mediapart semble avoir perdu la LDVR en chemin, Mediapart avait pourtant traité l’affaire Christine Herzog dès le 17 juillet, en rapportant une sanction pour des soupçons de harcèlement et d’utilisation indue de fonds publics. Le média avait également pris contact avec la Ligue de Défense des Valeurs Républicaines au sujet de ce dossier. La LDVR avait alors interrogé la rédaction sur les informations qui circulaient concernant ce que Gérard Larcher savait de la situation et sur les mesures qu’il avait prises.
Le 3 août, Mediapart publie pourtant un article intitulé : « Gérard Larcher saisit la justice dans l’affaire Christine Herzog ». Dans sa présentation publique, le média indique que le président du Sénat a transmis le dossier à la justice quelques jours après la sanction disciplinaire. C’est exact. Mais c’est incomplet. Car entre la sanction et la saisine de Gérard Larcher se trouve une démarche judiciaire majeure : celle de la LDVR. Pourquoi cette étape ne figure-t-elle pas clairement dans le récit ?
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Pourquoi présenter la plainte de Larcher comme un geste républicain, alors que la LDVR ne lui a laissé aucun choix ?
Pourquoi ne pas écrire que le président du Sénat a saisi la justice après avoir été informé qu’un réseau national d’associations de défense des droits avait déposé plainte ? Pourquoi ne pas interroger ce calendrier ? Mediapart, journal d’investigation, serait-il soudainement devenu allergique aux chronologies lorsqu’elles concernent Gérard Larcher ?
Une coïncidence assez parfaite pour mériter une enquête La LDVR n’affirme pas être entrée dans le bureau de Gérard Larcher pour lui tenir la main pendant qu’il rédigeait son signalement. Elle affirme quelque chose de beaucoup plus simple : elle a déposé plainte, elle a informé le président du Sénat, puis celui-ci a ensuite saisi la justice trois jours plus tard. C’est un lien chronologique établi. Ce qui doit désormais être déterminé, c’est le lien causal. L’initiative de Gérard Larcher était-elle déjà engagée ? A-t-elle été accélérée par la plainte de la LDVR ?
Le président du Sénat a-t-il compris qu’après l’ouverture d’une procédure pénale extérieure, son absence de signalement deviendrait difficilement explicable ? Autrement dit : a-t-il décidé de saisir la justice, ou a-t-il compris qu’il ne pouvait désormais plus raisonnablement s’en dispenser ? Les médias protègent-ils le récit officiel ?
Il ne s’agit pas de demander aux médias de faire la publicité de la Ligue de Défense des Valeurs Républicaines. Il s’agit de leur demander de faire leur travail. Lorsqu’une organisation dépose plainte, saisit deux parquets, informe le président du Sénat et que celui-ci engage une démarche judiciaire trois jours plus tard, cette chronologie est une information. La faire disparaître n’est pas une simple question de formulation. Elle modifie entièrement la compréhension des événements.
Sans la LDVR, le lecteur voit un président du Sénat déterminé, sanctionnant puis saisissant spontanément la justice. Avec la LDVR, il découvre un président du Sénat qui n’a saisi le parquet qu’après avoir appris qu’une procédure pénale avait déjà été engagée à l’extérieur de son institution. Ce n’est plus exactement la même histoire. Alors pourquoi les grands médias français racontent-ils presque tous la première version ? Le Président du sénat, second personne l'État français serait-il trop puissant ou les médias trop réticents quand il s'agit des puissants ?
Par conséquent, que ce soit l'affaire du Micro BFMTV où la LDVR a déposé plainte le 31 juillet 2026 devant le parquet de Paris où d'autres, beaucoup de médias français écartent systématiquement les actions associatives quitte à dénaturer complètement leurs propre récits. Ceci étant dit, il appartient aux organes de presse de choisir et de prioriser les profils qu'ils souhaitent voir exister dans l'environnement politique français.
Christine Herzog et Norbert Chetail bénéficient de la présomption d’innocence tant qu’aucune condamnation définitive n’a été prononcée.
Constance Bourgeois.
Rédactrice en chef de La Ligue de Défense des Valeurs Républicaines.



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